Cessation







Me suis égarée soudainement
Glissant sur le dos, basculée
Sans besoin. Sans idée
Autre que l'anticipation de l'asphyxie

Le chagrin s'est imposé
Je passe la main un peu autour
Cherchant de quoi compresser la perte
Sans idée. Sans besoin

Tout l'avant, les effusions vivaces
L'efflorescence des illusions et du désir foisonnants
Tout s'est tassé au centre d'un lit où j'attends
Personne ne parle, je ferme les yeux sans dormir, serrée au creux du temps

Me souvenir de mon nom m'est un effort
Je remue un peu, ici ou là
Cherche à m'alléger du poids de l'inconnue que je suis devenue
Me suis perdue par pièces
Mes voix résonnent sur les rebords du vide







Avril 2015







S'enfoncer




La verticalité n'est plus un dû
Le seul mouvement sensible pousse vers le bas
L'enfoncement
Le lieu humide de l'inconsistance
L'oubli enfin, l'attente sans fond de l'oubli fini
La mémoire est tant striée qu'on ne peut plus rien y lire
Raclée par tout ce que d'autres ont inscrit
Avec leurs voix, leurs certitudes si furieuses
 Aucune fuite n'ouvrira l'effacement

L'envahissement s'est imposé jusqu'à gommer le jour et ses prospections
Ce que l'envie de parler est devenue, le faux espoir d'un faux-ami 
L'enfoncement à plat dans une strate muette
Il reste la voix de la désespérance
Mais qui la reconnait se sait absorbé jusqu'à l'implosion dans les lois de sa gravitation
 Déblayer les matières, ranger les idéaux, s'enfoncer
Bien en rang, à sa place
Pour sombrer dans la seule matrice acceptable
Le sol patient
 Le balbutiement encore inconnu du rien






Avril 2015 


Musée








C'était plus simple, avant

Lorsque la plaie vaquait vaguement distendue à ses bords
Le front se penchait et là trouvait le mal
C'était simple
Plus simple, avant

Les pans d'ombre la recouvraient mais ne voilaient rien
Rien d'autre que leur propre message
Il était à entendre dans son insignifiance et parfois, son rejet
C'était facile, c'était un choix, avant

Le point de suture mal clos, c'était assez connu
L'écartement des fibres sans plus
Il pouvait s'étirer, se comprimer
Pouvait s'effacer aussi, sous la multitude des torsades embaumées du soir

C'était clair
C'était assignable en traits larges ou étroits
La peine savait prononcer son nom 
Il suffisait de le répéter pour y croire

C'était ainsi, constance et consistance mêlées, on savait
Et puis tout s'est défait
Sans outrage, lentement d'abord, suivant au pas les grandes défaites muettes
Sans même le bruit de l'étonnement

Tout s'est agrandi jusqu'à devenir l'absence
 Devenir la présence, tout à fait de même
Sans limite et sans heurt
Mêlé à une sorte d'hymne inaudible, l'inconnu










 


Avril 2015 








Paracétamol et autres





Avaler les mots. Substance amère
Au goutte à goutte des antalgiques 
Palliatifs vains, le larynx est béant

Ne plus chercher le centre
Avoir perdu les résonances des bords
S'en souvenir, s'en souvenir

Si marcher était un songe
S'éveiller dans la certitude
L'évidence couchée de la défaite



Avril 2015 



Receler



La peau n'est pas nue
La peau n'est pas saine
Leurrée par la blancheur des bandages
La main que l'on tend est celle que l'on coupe
Enveloppée des pansements du soupçon

S'obstiner à se prolonger
S'abstenir de s'émouvoir à vif
Enroulée sous les asepsies de l'ambivalence
Celles moins désinfectées des renoncements
Perdre toutes les fois mais, on dit
C'est pour quelque chose
Un mieux dans le néant
Une promotion dans l'indifférence

Pourtant la peau message ce qu'elle entend
Vide ici, éviscérée là
Sous son mutisme, la peau recèle le génie
Et pour le reste, on peut bien penser, on n'y voit que du feu
Toujours
Sans vraiment comprendre
Pour qui la nécessité fait loi




Mars 2015


Pièce détachée





Mais le même corps est de retour
Penché  de nouveau vers les bosses, les traits
Scrutant l'argile des surfaces pour y voir le temps s'écailler
Le même corps

L'épreuve s'est menée au fond de l'obscur
Tombant lourd, emportée par sa masse
Le sacrifice s'est fait sans voix
Autre que le chantonnement derrière, dans le couloir

Les pouls, la pression artérielle
La machine admirable s'est endormie, quelques heures
Hors de la conscience, par des entailles
Elle a lâché un peu de sa matière

Et revenu au bercail tout pareil
Différent tout pareil, fidèle écran mouvant
L'organisme privé du signe, on croyait
Protégeant farouchement ses propres ondes

Pas comblé, cependant pas autant
Amputé de son plus sérieux sextant
De son antique effort
D'un peu de son usage

Les dents se brossent et dans leur grincement
L'absent s'appuie soudain contre le lavabo des pertes
C'est fait. C'est fait
Il n'y a à regretter que de l'avoir oublié trop souvent






3 Mars 2015

Clinique Saint Paul 




 

Perplexités









Épaules repliées contre l'horizon, attendre
L'éveil du jour et ses grésillements
Pas trop gagnée la quiétude d'une perplexité à l'autre
Vacillant. Vacillant
Chercher l'équilibre sur des sabres
Et penser à rien sans y croire
La quiétude est dissoute sous l'affront
Contre les coups du sort, les glissades
Muselée l'idée d'un répit
D'une aubaine
Muette la légitime légèreté
Face à la détonante armée des consternations
Filer doux
Toujours loin la douceur
Revêtir sa peau des jours sans gloire 
Sa petite peau de bête usée
Se dire que, se dire
Et puis savoir que seul le sommeil ira
Là où le calme est enfin plat, presque plat
La brise un peu plus gaie à l'oreille







Janvier 2015 






Résultats




D'avoir dû sommeiller si longtemps
Guettant nuit et jour derrière les paupières
La venue,  l'ombre du preux
Qui avait dit : un jour
Cru attendre et comprendre
Cru tout, les haussements d'épaules entre les absences
D'avoir pensé qu'il était à venir
Sans savoir comment, ni quand
En y songeant avec la foi béate des simples 
Ceux qui croient
Et consacrent,  avec zèle, leurs organes aux prophéties
D'avoir éteint chacune de mes envies
Pour les lui remettre en mains propres
Les seules choisies par moi, les seules
D'avoir cru tromper l'utérus en lui chantant des cantilènes
En anesthésiant la quête et ses viscères, à sec l'appareil
L'amour dévot, divin l'amour, n'a pas, n'a pas, n'a pas aidé
L'endomètre est mort lentement
S'est effrité en une poudre transparente
Sous l'attente qui s'est tue
La plainte qui s'est tue
Et tout va disparaître
Marqué au sceau de l'inutile
Ma femme coupée, en plusieurs
Et là où je me suis tenue accroupie dans un coin pendant des années
Pour mieux l'accueillir
Avec le ventre, s'est desséchée l'idée
Une lame aura le dernier mot
 Ténu l'homme de l'idée,  venu celui des larmes
Je ne saurais, de toute façon, plus que lui dire





6 Janvier



Examens des lendemains




Ce soir
Encore une nuit, il y aura une nuit
Et puis un peu de jour
Et elle deviendra enfin mienne
La vérité de ce corps qui m'a tourné le dos
Que j'ai reconquis, séduit
Enlacé jusqu'à lui redonner, sous sa peau fauve
Le goût sans seuil des bains nacrés

L'heure n'a pas sonné, elle rampe
Se mêlant encore aux frétillements amicaux de l'éphémère
Je m'appartiens peu
Demain s'ouvrira la convenance
Alors j'aimerai sans frein, docile à ma minceur
Ou, à nouveau, j'aurai, baissant la tête
A retrouver dans le lointain repli d'une intimité confuse
L'étranger irascible
Ma plaie








5 Janvier 2014







Plus tard


 


J'écouterai toutes les musiques du monde
Sans forer, c'est fini, dans leur sol à mains nues
Toutes les musiques du monde, tête assez haute
Le soir sera le soir
Dans son ombre, à peine je baillerai
De tous les battements, les abattements
Ne resteront que les lignes de mire
J'observerai, j'observerai
Garderai sous la langue
Une minute de silence

Les phalanges apaisées
Je songerai plus souvent
Au vent, à la fuite
Aux dimanches enfin passés
À la tombée de l'ennui, le jour
Je concentrerai tous mes efforts sur la stupéfaction
Je marcherai, je marcherai
Sans plus sentir la luxation des heures
Je marcherai, je marcherai
Sortant à reculons de l'étroit, la masse d'avant
Je scintillerai d'impatience
Au moins encore une fois.








Juillet 2011 











Cuite









Traversant les buissons ardents et l'angoisse
J'irai hydrater ma peur
Chercher dans les breuvages de l'oubli les chemins d'une transhumance
J'irai, sans limite au fond d'une ivresse écrasante, suspendre le temps
Et la peine autour, dans les effets radicaux des molécules
Leur puissance à effacer les calcifications
J'irai m'enivrer jusqu'à la petite mort
Jusqu'au matin où seuls les grincements de la reconstruction traversent l'air

J'irai saouler de tout un peu
Rayer d'éphémère la lente agonie du sens
J'irai trouver dans les degrés d'alcool les niveaux de l'entendement
Et l’asepsie et l'indifférence et l'amnésie et l'avenir
Couplés dans le larynx et généreux aux synapses
L'aide muette de la dislocation
J'irai disparaître dans des mondes flous
Des raisons d'être fragiles comme des parchemins

Si j'y croyais encore à ce bandage de l’hypophyse en feu
J'irais y tremper le désert de ma voix, y noyer l'incommensurable
J'irais mouiller le sable de ma gorge
Boire jusqu'à la mise en route des heures
Goutte à goutte des heures, assise sur le fond du mouvement incertain
Dans des verres oublieux se fendant sous la main







Octobre 2014







Suspension






A la fois l'embarcation et l'ancre
Le désir et son violent retrait
L'espace entre les points, la suspension
Le marquage

Au sol et sans appui
Démontée
Tournant autour du pic des cimes imaginables
Bavant sur demain décimé

Plus fatiguée mais moins lente à savoir
Immobile et fuyante
Jamais gardée
Jamais garée, jamais regardée, égarée

Muette et bourdonnante
Sans appel, pulsée partout pourtant
D'abord vient après
L'attente se tend, le temps s'entend et je soupire

L'avenir m'oublie
Je lui fais confiance
Muselée et docile
Suivant les migrations des cigognes noires

Suspendue, suspendue
Comme une trace, un geyser à l'envers
Accrochée au vide que j'ai exhalé face à ma couche
Avec le zèle féroce des amantes oubliées




Octobre 1014

No future





Dès que la plus légère brise franchit le seuil de présent
Commence à prendre forme, aisance, aisance au rêve
L'horloge radicale l'absorbe entre ses hanches
La déchiquette, l'immole
Ne laissant condamné sur place qu'un amas méconnaissable

Il en va de tout ce qui suivra
De tout ce qui ne suivra pas
Il en va des taillis dont j'ignorerai jusqu'à la présence
De tout ce qui pourra m'aider à disparaître
Plus de souffle, l'attente nue, sans le fatras de l'espoir

Dès que se dessinent les courbes des lunes à venir
Je ferme les yeux pour penser les nuits
Pas d'erreur, pas de chemin
Je cherche encore parfois au bord des draps
La tiédeur mais elle n'est plus de ce bord-là

Se tenir à soi qu'on méconnaît demande toute l'attention possible
Pas de divergences vers les horizons bleus
C'est le travail des heures de se maintenir dans du temps
C'est un travail énorme, c'est à dire, épuisant
N'effleurer que le sol, on est fait, on croit, pour l'escalade et l'envol

Pas de souffle vers plus tard
Une respiration lente qui scande chaque minute
La concentration, zélée comme une novice, sur le maintien infaillible de la neutralité
Étouffés au fond des gorges les attentes bouleversantes,  les hourras
Plus de cri aucun
Plus de joie

La pleine marée de la solitude
Où j'ai tant essayé d'identifier des voix
Laisse sur son passage un seul élément palpable
Y marcher, y marcher
Son impensable silence



Octobre 2014









Retour d'Ailleurs






Embrasse-moi !
Embrasse-moi, portance magique, légèreté sans prix de l'être
Je reviens à toi
La tête baissée sous un joug silencieux de savoir
Je reviens, prends-moi là où tu m'as laissée
Accroupie devant mes yeux
Traverse-moi des éclats du désir
Et les vertiges des espaces vides soudain se tailleront comme les rosiers
Je leur donnerai forme et force
Enlace-moi, mon reste
Mon temps encore ininterrompu
Mon zèle
La gratitude de vivre
L'immense pouvoir de le sentir de nouveau
Comme un rappel aux vents, un appel aux lucidités des soirs ternes
Embrasse-moi !
Je reviens
Je me reviens
La peur a cédé durement sa place
Elle a accepté de se taire
L'oreiller m'entend
Et l'air qui l'entoure
Merci



Septembre2014

Lunaire




 Quelles chaînes sont-elles tombées d'un coup
Basculant dans le vide des lunes indifférentes
Pour attacher au pieu d'un destin fendillé, ma main ?

Équinoxe  d'Automne, arbres désirant s'alléger de leur activité vibrante
Chutant, leurs feuilles une à une, pour écrire d'un coup de vent
Le déroutant maléfice emmêlé au fil  des hasards

Quelles traces cette venue a-t-elle laissée sur l'ordre des choses
Qu'il se montre si rétif à jamais pardonner
Prix lunaire d'une heure trop ample ?
Prix d'un temps dédié à la construction de l'édifice pour toujours bancal ?
   
Une vie  accrochée sans merci  au dos de l'équateur céleste ?
Tournant sans répit autour d'une quête futile
Le besoin, le besoin , l'illusion d'avoir en son centre
Un point nadiral




23 Septembre 2014




Déséquilibre





C'est une heure qui ne peut pas sonner
Un temps distillé dans les sphères immenses
Celui des bilans faits par la force des gènes
Des contentieux alourdis par le manque d'amour
C'est le moment des pertes dont on ignore les noms
Celui des effrois
La tristesse est blanche
Sans ligne qui la traverse
Et qui puisse en marquer l'envergure

C'est une passerelle sans autre bord à atteindre
Un seul côté
L'autre invisible
Trop de pas assez
Entassé, ventre nu
Trop de maux d'astreinte
Et d'attente, trop d'atteintes
C'est un fruit qui ne pousse que là où naît l'opaque

C'est une avancée où tous les pas sont faux
Un temps de volonté brisée
Il n'y a pas à vouloir là où la loi s'effrite
Et s'emmêle aux comptes mal distribués
Pas eu de quoi, pas eu de qui
Pas eu assez pour que le soin de soi suffise

De l'autre il a manqué
Abondamment
De l'autre qui aurait macéré, calant ses paumes au bord du désarroi
Là , au point ultime  de la putréfaction
Là où l'on est condamnés à se dévorer soi-même
Faute d'un front à embrasser




Septembre 2014